De Prambanan, je ne savais rien. Il a fallu attendre la rédaction de cet article, un mois plus tard, pour que je m’y intéresse.
De sa visite, je n’ai retenu que l’inconfort ressenti à cause de la chaleur mais aussi et surtout à cause du trop grand nombre de visiteurs.
Je suis donc complètement passée à côté de ce monument pourtant fort instructif.
Ce qu’on appelle Prambanan est en réalité un site archéologique constitué de 508 temples tantôt préservés dans leur intégralité, tantôt conservés en ruines. Quatre ensembles se détachent du site : le Candi Prambanan nommé par les javanais Loro Jonggrang, le Candi Sewu, Bubrah et Lumbung. Le site a subi de nombreux tremblements de terre, celui de 2006 ayant été redoutable ; les séquelles sont encore visibles. Pour ces raisons et d’autres, plusieurs temples sont en cours de restauration et ne sont pas ouverts au public, comme ce fut le cas de Bubrah et Lumbung. Je n’évoquerais donc ici que Prambanan et Sewu.
Mais avant d’évoquer leur histoire et leurs caractéristiques, parlons d’abord de leur « mise en tourisme ». A part un panneau explicatif situé à l’entrée du site, les lieux manquent cruellement de signalisation et d’un centre d’interprétation qui permettraient de mieux appréhender la visite et surtout de partager le flux touristique. Je pense qu’une très grande partie des visiteurs ignore l’existence d’autres temples en dehors de celui de Prambanan. De ce fait il est difficile d’entrer dans les temples de Loro Jonggrang pour y apercevoir les différentes statues mais on se retrouve pratiquement seul à se promener dans le site et à visiter les autres ensembles de temples.
Pour l’UNESCO, l’ensemble de Prambanan est un « trésor architectural et culturel et un témoignage éternel de la cohabitation pacifique des religions dans le passé ». Alors que le Candi Sewu construit au VIIIème siècle est un temple bouddhique avec quatre paires de statues géantes de Dwarapala (divinité gardienne des entrées des temples), Prambanan est quant à lui hindouiste.
Le Loro Jonggrang, temple principal construit au IXème siècle est lui-même un ensemble de 240 temples dédiés à la Trimurti, la divinité suprême sous ses trois traits : Brahma le créateur, Visnu le protecteur, et Shiva le destructeur.
Construit tout comme Borobudur selon un plan en forme de mandala, Candi Prambanan comporte en son centre six temples. Les trois principaux sont consacrés à la trinité hindouiste et les trois autres, en face, figurent ses montures : le taureau blanc Nandi pour Shiva, le cygne capable de reconnaître le bon du mauvais pour Brahma, et l’aigle Garuda, roi des oiseaux, symbole du vent et du soleil, pour Visnu.
Le temple doit son nom javanais à une légende qui raconte qu’à une époque deux royaumes coexistaient dans le centre de Java. Un était un royaume prospère, dirigé par un bon roi et son fils, et l’autre était dirigé par un roi cruel mais qui avait une magnifique fille, la princesse Loro Jonggrang. Voulant étendre son royaume, le cruel roi décida de lever une armée et d’envahir le royaume prospère. Mais durant la bataille il fut tué par le prince ennemi, doté de pouvoirs surnaturels. Ce dernier, se rendant avec ses troupes au palais du vaincu fut hypnotisé par la beauté de la princesse en larmes. Il lui demanda sa main mais elle refusa, ne pouvant se marier avec le meurtrier de son père. Néanmoins face à l’insistance du jeune homme elle finit par accepter à la condition qu’il parvienne à construire mille temples en une seule nuit. Le prince demanda alors de l’aide aux esprits de la Terre et parvient à construire 999 temples en un temps records. Voyant qu’il était sur le point de réussir la princesse réveilla ses servantes et fit commencer la cérémonie du lever du soleil. Pensant que le jour commençait à poindre, les esprits retournèrent dans la Terre laissant le dernier temple inachevé. Furieux devant cette duperie, le prince changea la princesse en statue de pierre et en fit la dernière pièce du millième temple.
Cette légende n’est pas sans rappeler le conflit qui opposa au IXème siècle la dynastie hindouiste Sanjaya à la dynastie bouddhiste Sailendra pour le contrôle de Java centre. La princesse Sailendra s’étant mariée à la mort de son père à un prince Sanjaya. Le Candi Sewu, voulant dire « mille temples », aurait été construit par les Sailendra puis étendu par le prince Sanjaya après son mariage avec la princesse bouddhique.
L’ensemble archéologique de Prambanan est donc le fruit de deux dynasties : celle des Sailendra qui érigea Borobudur et le Candi Sewu au VIIIème siècle, et celle des Sanjava qui poursuivit la construction du site sans pour autant effacer le bouddhisme des lieux.

